Livret de famille

 

Avignon 2015

Théâtre La Luna

livret de familleRien de plus subtil, de plus ténu mais aussi de plus encombrant que la relation fraternelle. D’un point de départ tout simple, la mère qui a disparu de chez elle, deux frères qui n’ont pas toujours fraternisé se retrouvent chez l’un d’eux. Quand je dis « se retrouvent », ce n’est pas dans le sens de retrouvailles heureuses, car ces deux-là auraient plutôt tendance à se rechercher. Engoncés dans leur pudeur d’hommes de la quarantaine et, pardon pour ce jeu de mot, ayant mis en quarantaine leur tendresse, ils vont avoir du mal à se trouver. De petites confidences en gros aveux, ils vont à tour de rôle se détester, se battre et bien sûr fraterniser.

Eric Rouquette a écrit là une pièce forte où le non-dit est plus puissant que les mots et construit avec souplesse une avancée des situations, jusqu’à nous tenir en haleine de bout en bout. Il transforme les petits riens de la vie, avoués dans un langage quotidien sans vulgarité, en douleurs contractées, en regrets amers mais aussi en espoirs fous où brille encore le regard de l’enfance. Il y ajoute un art dépouillé mais magnifique de la mise en scène dans un décor original de Olivier Hébert – deux fenêtres au dessus des toits – où les personnages se meuvent dans une nuit d’été, tour à tour chats de gouttière et félins féroces.

S’ajoutent pour notre plaisir les talents conjugués de deux acteurs, des grands – eh oui en ces temps de médiocrité, il est bon de le souligner, car au lieu de se complaire dans des tics de cabot ils arrivent à faire vivre pleinement des personnages. Ils s’appellent Christophe de Mareuil et Guillaume Destrem, plus frères que des frères de sang, et leurs sensibilités d’écorchés se conjuguent sans fausse note.

C’est triste, c’est dur, c’est tendre et c’est beau. C’est du vrai théâtre, point final.

 

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