Le Cid

 

Gérard Philipe dans le rôle de Rodrigue – Palais des papes, Avignon

Tragi-comédie de Pierre Corneille créée le 5 janvier 1637 au théâtre du Marais.

Résumé :

Don Diègue et le comte de Don Gomès projettent d’unir leurs enfants Rodrigue et Chimène, qui s’aiment. Mais le comte, jaloux de se voir préférer le vieux don Diègue pour le poste de précepteur du prince, offense ce dernier en lui donnant une gifle (un « soufflet » dans le langage de l’époque). Don Diègue, trop vieux pour se venger par lui-même, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène en duel. Chimène essaie de renier son amour et le cache au roi, à qui elle demande la tête de Rodrigue. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de prouver sa valeur et d’obtenir le pardon du roi. Plus que jamais amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche, qui l’aime aussi, et Rodrigue. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène : le mariage sera célébré l’année suivante.

Voilà une pièce qui ne correspond en rien aux exigences du théâtre au XVIIème siècle. Elle y déroge sur trois points essentiels :

La fameuse règle des 3 unités (unité de temps, unité de lieu et unité d’action) y est bafouée. Si l’unité de temps est respectée, l’action se jouant sur vingt-quatre heures, Corneille avouera dans son Examen du Cid combien cette contrainte a porté préjudice à la vraisemblance de l’intrigue. En effet une succession d’actions en si peu de temps est quasi invraisemblable.

– Pour l’unité de lieu, Corneille a pris ses aises. L’action se déroule en effet dans plusieurs endroits différents : la place publique, une rue, le palais du roi, l’appartement de l’Infante, la maison de Chimène. Le dramaturge se justifiera par une pirouette : « Tout s’y passe donc dans Séville, et garde ainsi quelque espèce d’unité de lieu en général. » [in « L’Examen du Cid »]

– Quant à l’unité d’action, si c’est bien l’amour menacé de Rodrigue et Chimène qui constitue presque tout le sujet de la pièce, la « tragédie de l’infante », amoureuse sans retour de Rodrigue, est une intrigue secondaire qui vient se greffer, sans nécessité absolue, sur l’intrigue principale.

Mais c’est sans doute en violant ses règles que Pierre Corneille atteint au chef-d’œuvre. Se débarrassant de ces conventions, il invente un théâtre moderne, plein de fougue et de jeunesse. N’oublions pas qu’il a lui-même 30 ans en 1637 et qu’il va se battre pour imposer sa pièce face à une cabale chargée d’en désintéresser le public.

Il faut dire aussi que le sujet n’avait rien d’antique tel que l’exigeaient les canons classiques. En situant sa pièce en Espagne, au moment où la France est en guerre contre elle, il est proche de la provocation. Toutefois l’académie française saura le laver de tout soupçon d’esprit anti-français et Richelieu fera anoblir Corneille par le roi cette même année 1637.

C’est sans doute parce que les règles ont été transgressées que la pièce a eu un énorme succès. Dans l’histoire du théâtre il y a en effet un avant et un après Le Cid. Mais il y a aussi une autre cause, plus simple. L’amour entre Rodrigue et Chimène rendu impossible par ce déchirement entre le sentiment amoureux et le sens du devoir est poignant. On ne peut sans émotion assister à l’attirance-répulsion de ces deux êtres et on ne demande qu’à les voir réunis. Corneille, d’ailleurs, avec intelligence voire malice, crée un genre en classant sa pièce comme tragi-comédie, catégorie qu’il invente et bien commodément puisque Le Cid finit par un mariage.

De nos jours la pièce est moins jouée et pas toujours bien montée. Par une succession de malentendus où l’Education Nationale l’a mise au programme de la classe de 4ème, on la croit réservée à des matinées scolaires. Jean Vilar l’avait brillamment ressuscitée devant le palais des papes en Avignon où Gérard Philipe fut un étincelant Rodrigue. Il est bon de s’en souvenir. C’est une des plus belles pièces de notre répertoire et elle s’adresse à tous les publics.

Faute de la voir sur scène, vous pouvez la lire sur Wikisource. En voici le lien [cliquer ici]

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