Archives pour la catégorie Spectacles

La Peste

 

La peste

D’albert Camus

Adaptation, mise en scène et jeu de Francis Huster

Théâtre des Mathurins

Il est assez rare au théâtre qu’on atteigne les 1 000 représentations d’une pièce, le record absolu étant la Cantatrice chauve avec 18 000 représentations depuis 57 ans !

Plus modeste, mais tout aussi persévérant, Francis Huster fête le 31 août 2015 au Théâtre des Mathurins la millième représentation du roman d’Albert Camus, La Peste, qu’il a adapté, mis en scène et  qu’il joue avec cette conviction et ce charme qui lui sont propres. Il faut y ajouter aussi cette passion qui l’anime d’un feu intérieur depuis toujours, qui s’appelle le Théâtre et qu’on peut qualifier chez lui de seconde nature tant l’une et l’autre semblent indissociables. Malgré une carrière impressionnante au cinéma et à la télévision, il reste un des piliers du théâtre, depuis son passage à la Comédie Française et dans la compagnie Renaud-Barrault. Professeur, metteur en scène, acteur, terriblement acteur – il est capable de jouer plusieurs spectacles la même semaine –, il reste attachant pour ceux qui l’aiment et jalousé bien sûr par ceux qui ne possèdent pas son flamboyant palmarès. Pour moi, c’est au théâtre où il se complaît que son talent de comédien m’éblouit, semblable à celui d’un peintre impressionniste.

C’est en effet par petites touches, tout en nuances, qu’il peaufine son personnage. Depuis 1989, année où il a créé La Peste, il n’a cessé de progresser, de devenir de plus en plus intense, d’intérioriser sans oublier de donner au public cette flamme qui le caractérise.
La Peste est sans doute le roman essentiel d’Albert Camus. Cette histoire d’épidémie qui ravage Oran est pleine d’interprétations possibles. La peste brune, bien sûr, celle qui touchait Camus – le roman a été publié en 1947 –, mais avec le temps une nouvelle résonance s’impose, comme toujours avec les grands classiques. Notre peste à nous avec la montée de l’extrémisme religieux semble étrangement présente dans ce spectacle. D’autant que le grand mérite de l’adaptation de Francis Huster est de mettre en avant ce chef d’œuvre, de ne pas « en rajouter ». Dépités seront ceux, les aigris toujours, qui lui reprochent son cabotinage, car l’acteur Francis Huster joue ici « en retrait », en véritable serviteur de l’œuvre. Tout est cependant ciselé, peaufiné, venant de l’intérieur. Sans se mettre en avant, il restitue avec simplicité la beauté du roman. Savez-vous que la simplicité est ce qu’il y a de plus difficile en art ?

Courez applaudir ce grand comédien, avec sa voix inimitable et son jeu sobre. Vous en serez très étonné. Vous étiez venu voir Francis Huster et vous repartirez en ayant vu Albert Camus. Miracle du théâtre !

Le roman d’Albert Camus, La Peste :


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Tailleur pour dames

 

 

affiche_tailleur_pour_dames

Théâtre Montparnasse

Il y a chez Georges Feydeau un fol emballement qui fait de ses pièces, dit-on, une machine aux engrenages bien huilés. Moi, je suis plus sensible au grain de sable impromptu, surprenant et dévastateur qu’il introduit dans ce mécanisme d’horlogerie, qui le détraque et emporte le public dans un rire ravageur.
C’est un plaisir de retrouver Tailleur pour dames dans l’adaptation élégante et drôle du regretté Jean Poiret. Je ne vous déflorerai pas l’histoire qui au fond, comme toujours chez Feydeau, est moins importante que les caractères et les situations. Sachez seulement – et c’est ici poussé à la perfection – qu’il s’agit d’un mensonge qui en entraîne un autre, puis un autre, puis d’autres mensonges d’autres personnages. Les quiproquos, comédie oblige, sont aussi de la partie. Le médecin est pris pour un grand couturier, la femme convoitée pour une caissière et la belle-mère pour la reine du Groenland ! Mais le plus désopilant se situe dans l’enchaînement des inventions que le pauvre médecin est obligé d’improviser. Ce ne sont pas des improvisations, c’est de la haute voltige. La patte de Poiret s’allie ici à celle de Feydeau, et quel feu d’artifice !

Dans ce registre où le brio est requis, José Paul, tout en souplesse, avec élégance et humour, excelle. Il apporte au personnage ce côté dépassé par les événements, cet arrière-plan du monsieur qui se débat comme un beau diable mais sait au fond de lui qu’il n’y arrivera pas. Il y a un côté fataliste chez cet acteur, mi-anglais, mi-clown blanc, qui fait merveille. Il est entouré de bons comédiens dont le délicieux Sébastien Castro, raseur impénitent et content de lui, et se débat dans deux décors très sobres, peut-être trop, mais qui modernisent la pièce. La mise en scène d’Agnès Boury manque un peu de folie mais elle a le mérite d’avoir su s’effacer devant le génie de ce Feydeau-Poiret. Je dis bien le génie car il est bien plus difficile de faire rire que d’émouvoir, tous les gens de théâtre vous l’affirmeront.

Chacun de ces auteurs a su donner ses lettres de noblesse au théâtre de boulevard. N’en déplaise aux grincheux, ne dédaignons pas le genre, en ces temps de morosité il est plus que nécessaire, à preuve l’accueil chaleureux du public qui n’en finit pas d’applaudir aux saluts. Ce charmant spectacle aurait mérité davantage que d’être cantonné dans la catégorie « comédie de l’été ». Il faut aussi qu’on s’amuse cet hiver et pour l’amusement, le tailleur Feydeau est un couturier hors pair.

P.S. La réplique de la pièce : « Il y a des bouchers charcutiers. Moi, je suis médecin couturier. »

La bande annonce du spectacle :

 

Le texte de la pièce originale :

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Le théâtre en août

 

 

Traumstrand

Après le foisonnement de théâtre à Avignon, spectateurs et comédiens font la pause aoûtienne. Mais certaines pièces continuent à se jouer et à rafraîchir l’été. Je dis rafraîchir car les salles sont climatisées et les œuvres sont surtout des comédies.
A consommer donc comme un verre d’eau glacée à l’ombre d’une terrasse.
Pour Paris,  je vous conseille les spectacles suivants et parmi eux certains dont je vous ai déjà parlé (cliquer sur les liens verts) :

Les faux british
Au théâtre Tristan Bernard
Sept amateurs, n’ayant jamais mis les pieds sur scène, décident de monter une pièce policière. Dans la droite lignée des Branquignols. Rires garantis

24 heures de la vie d’une femme
Au Théâtre Rive Gauche
Avec Clémentine Célarié, excellente, époustouflante et émouvante.
Deux spectacles mis en scène par Sébastien Azzopardi

Le tour du monde en 80 jours
Au Splendid
Vous croyez connaître le roman de Jules Verne. Vous allez voir comment on peut en faire une adaptation folle, dingue, dézinguée et délirante.
et
Dernier coup de ciseaux
Au Théâtre des Mathurins
Une comédie policière interactive. C’est-à-dire que le public agit sur l’évolution de l’action, donne son avis, participe quoi. Vous allez vous prendre au jeu avec un évident plaisir !

Irma rit Rose
Au Théâtre des Déchargeurs
Avec un humour à la fois subtil et mordant, Irma Rose jette en pâture autour de la dinde de Noël un condensé de famille hétéroclite. L’écriture est sans vulgarité et pointe même derrière l’ironie une tendresse pour tous ces personnages. Un vrai one woman show sans esbroufe et sans tape à l’oeil. Une vraie (bonne) comédienne !

L’inusable spectacle Ionesco
avec
La cantatrice chauve
et
La Leçon
Au Théâtre de la Huchette
Deux classiques. A voir et à revoir. On ne s’en lasse pas.

En régions, les théâtres préfèrent faire relâche et profiter des vacances. Quelques-uns résistent. Cherchez bien dans les journaux locaux. Pour ma part, je vous conseille :
Quelques exemples si vous voulez vous amuser :

Du côté de Lyon on peut voir :
Un couple presque parfait
Au Rideau Rouge
« Ils ne vont pas du tout ensemble ces deux-là », entend-on souvent dire d’un couple. Et pourtant. Tant qu’à faire autant choisir l’autre pour ses défauts. Prenez un homme et une femme, mettez-les sur scène, vous avez à coup sûr une pièce de théâtre car il se passe toujours quelque chose avec ces deux représentants de l’espèce humaine. Vue ici du côté de l’humour.

Du côté de Marseille
Espace Kev Adams

Le spectacle Factory Comedy Club
Le premier plateau d’humour de Marseille. Les participants ne vivent que pour la comédie et ont décidé de former ensemble le premier plateau d’humour de Marseille. Chaque show est unique : comédiens, sketchs, happenings, jeux, tout change d’une représentation à l’autre.
Le Factory Comedie Club, copiant le Djamel Comedy, est à Marseille comme à Paris semblable à  la bouillabaisse, on n’est pas obligé de tout aimer. Mais parfois une pépite se glisse au milieu des amateurs et rien que pour cela, zou ! on en reprend un peu !

Et pourquoi pas à Cavaillon

Karen Chataîgner dans son seule en scène : Changez pas trop!
Café Théâtre
131, cours Gambetta 84300 Cavaillon
« Changez pas trop ! » Elle balance sur les sujets sensibles avec poigne et délicatesse…
Pas beaucoup d’originalité mais un tempérament. Et puis quoi faire d’autre le soir à Cavaillon, à part déguster ses sublimes melons…

Ailleurs en régions, c’est plutôt calme. Le théâtre prépare sa rentrée. Vivement septembre !

 

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La Leçon

 

 

20131

Représentée pour la première fois en 1951, dans une mise en scène de Marcel Cuvelier, la pièce tient toujours l’affiche au Théâtre de la Huchette, en tandem avec La cantatrice chauve du même Eugène Ionesco.

Il fallait être sacrément gonflé – bravo Cuvelier ! – pour oser dans les années 50 présenter ce type de spectacle. Pièce noire, pièce comico-tragique, La Leçon raconte l’histoire d’un professeur dépassé par sa dialectique qui finira par tuer son élève. Mais une pièce de Ionesco ne se raconte pas, tant elle surprend, tant elle déstabilise.

Je voudrais attirer votre attention sur les raisons d’un tel succès et d’une telle durée de représentations. Il vient un moment où quelques chefs d’œuvre du théâtre passent le rideau de la simple représentation et deviennent une sorte de monument national. Non parce que ce sont des chefs d’œuvre, mais parce qu’ils s’adressent autant à notre intelligence qu’à notre cœur.  C’est le cas du Cid, comme des Fourberies de Scapin, comme de Cyrano de Bergerac. Chaque spectateur se doit de le visiter au moins une fois dans sa vie.

Tout a été dit sur Ionesco, son sens de l’absurde, son ironie, son génie. Certes. Mais il y a aussi la malice, l’amusement, le désenchantement joyeux. C’est un enfant qui casse ses jouets pour en comprendre le mécanisme. Il démonte l’art théâtral et ce faisant, le démontre plus clairement qu’aucune thèse universitaire. Cet homme-là aime le théâtre comme on aime un gâteau. Je l’ai vu personnellement saliver devant une tarte aux pommes et se désoler après l’avoir avalée de ne plus pouvoir la contempler.

La Leçon n’est pas une petite pièce (ce n’est pas parce qu’une pièce est courte qu’elle est petite). C’est une grande pièce qui montre l’ascendant du dominant sur le dominé, la folie d’un discours poussé à l’extrême, et  la faiblesse des jeune filles naïves. On ne peut s’empêcher de penser à tous les discours dictatoriaux qui ont entrainé des millions d’hommes à commettre le pire.

Dans plusieurs scènes il y a une bonne qui met en garde le professeur. Elle est sa conscience. Elle le prévient, elle l’abjure même de ne pas se laisser aller à ses mauvais penchants. Mais fi ! quand on suit sa mauvaise pente, rien ne nous arrête…

Pièce à voir et à revoir, donc. Un sentiment de gêne s’en dégage, comme si nous étions complices de ce meurtre absurde. Le texte qui s’emberlificote est un véritable régal. La Leçon est une admirable leçon de théâtre, toujours valable.

Pour se procurer le texte de la pièce :

 

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Barbe-Bleue

 

Avignon 2015

Théâtre des Carmes

barbe bleueChacun sait qu’Amélie Nothomb allie l’excellence d’une surdouée en littérature à la perversité d’une cancre qui adore faire des bêtises. Faisant ressurgir le mythe terrifiant de Barbe bleue du fin fond de l’enfance en l’adaptant, elle s’attaque à l’ogre qui tue ses conquêtes féminines tel Landru. Pas de corps carbonisés mais des photographies de cadavres, maniaques portraits gardés jalousement dans une chambre noire où personne ne doit pénétrer. Le monstre est présenté comme un homme courtois, galant même, trop poli pour être malhonnête, cordon bleu émérite, à la soixantaine sereine. Il permet à une jeune trentenaire moyennant un loyer modéré de loger chez lui. A la condition qu’elle n’entre jamais dans la chambre noire. Son appartement n’est pourtant pas une HLM, il n’y a qu’à voir la cuisine admirablement décorée par Claude Plet. On y boit du champagne, on y prépare des mets raffinés, on y joue même aux échecs et au jacquet devant un maître d’hôtel imperturbable joué imperturbablement par Xavier de Guillebon.

L’adaptation de Gérald Aubert permet de faire du roman une pièce de théâtre sans qu’il soit dénaturé. Tout cela pourrait être d’une élégance surannée et d’un conformisme convenu s’il n’y avait les interprètes, et quels interprètes ! La jeune femme est incarnée par Charlotte Adrien, ravissante dans sa robe soleil, attirée, fascinée par le monstre qu’elle trouve par ailleurs abominable. Les femmes, c’est bien connu, adore les meurtriers, les gangsters, les voyous de tout poil, à défaut les hommes mal rasés. Celui-ci arbore une barbe sinon bleue du moins grise qui lui donne une certaine majesté. Attirée comme un papillon par la lumière de la pièce interdite quand la porte s’entrebâille, jouant merveilleusement de l’ambigüité attirance-répugnance, curiosité-peur, la comédienne déploie la séduction, le charme et le refus avec une grâce rare. Elle va laisser son Barbe-Bleue l’envahir, tomber amoureux d’elle. On tomberait à moins. De fait, au lieu de la prendre dans ses filets, c’est lui qui va succomber. Pour être monstrueux on n’en est pas moins homme.

Et là, autre miracle du théâtre, s’impose le jeu de Pierre Santini. De façon toute simple, il offre les arrière-plans du personnage avec une économie de moyen et une grande force intérieure. On comprend comment il a séduit les autres femmes qui ont précédé la dernière venue, par une présence imposante mais toute en délicatesse, par une voix feutrée aux accents parfois tonitruants, par une souplesse de mouvements et une raideur de machine. Un homme tout en contraste, c’est-à-dire tout en mystère. Les femmes aiment les hommes mystérieux. Pris au piège de l‘amour, Pierre Santini n’en est que plus pathétique. On le croyait monolithique et il est fragile. On le pensait dur, il n’est que tendresse. « Que c’est bath, un acteur ! » s’exclamait Jean Gabin dont il a la force et la virile sensibilité. On voudrait le sauver à la fin, l’aider au moins tant il parvient à nous toucher mais son destin a pris la forme voluptueuse d’une belle femme en robe soleil.

Une pièce à voir parce qu’elle condense beaucoup de talents, texte, jeu et mise en scène.

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Le roman d’Amélie Nothomb :

 

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Ensemble

 

Avignon 2015

Théâtre La Luna

Ensemble

Il y a deux sortes de théâtre. Celui des idées qui fait appel à notre cerveau, nous force à réfléchir et nous fait ressortir de la salle avec le sentiment d’être plus intelligent. Et puis il y a l’autre, celui de l’émotion qui frappe au cœur et au ventre et nous laisses attendris, avec le sentiment d’être meilleur puisque nous avons compati. L’un et l’autre sont des leurres – le théâtre d’ailleurs en est un et même une illusion. L’un et l’autre ont leurs partisans et leurs détracteurs ainsi que dans la vie où le cœur et la raison se livrent un sempiternel combat depuis que l’Homme est l’Homme.

On ne sera pas étonné d’apprendre que « Ensemble » appelle à l’émotion, s’en revendique, la compagnie Carrozzone teatro qui le présente étant italienne, et les italiens, on le sait, sont de grands sentimentaux. Comme les français mais en plus drôles.
Que doit-on faire d’un débile léger atteignant l’âge d’homme ? Le garder chez soi ou le placer dans un centre spécialisé ? La mère, se réfugiant dans le déni, veut qu’il reste à la maison, la sœur qui vit ailleurs veut le mettre en maison. C’est fou comme le mot « maison » peut avoir deux sens différents selon qu’elle se trouve dedans ou dehors.

L’auteur de la pièce, Fabio Marra, joue le déficient mental doux comme une gelato avec humour et humanité. La sœur, Sonia Palau, sous des dehors durs et fermés est tendre comme une pizza calzone. Et la mère, excellente Catherine Arditi est âpre, forte et revigorante comme un espresso. S’ajoute à la distribution une jeune fille, Floriane Vincent, qui cherche du travail et devient auxiliaire de vie, moelleuse comme du mascarpone.

C’est très italien, bien que joué en langue française, et s’apparente à un théâtre populaire réaliste où l’eau ruisselle vraiment du robinet de l’évier, et le sentimentalisme de chaque personnage. Rafraîchissant, donc. Sans y toucher cependant, la pièce en dit davantage sur la différence que beaucoup de constats verbeux et lénifiants.
Retenons cette réplique proférée par Catherine Arditi, encore une fois d’une justesse et d’une vérité confondantes dans sa cuisine : « C’est quoi, être normal ? Qui décide de ce qui est normal et de ce qui ne l’est pas ? »

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Le titre est dans le coffre

 

Avignon 2015

Espace Alya

le titreQuatre clowns pour une histoire de coffre volé. Ils parlent peu ou disent des bêtises. Comme tous les clowns, comme beaucoup de gens. Ceux-ci bougent dans une anarchie totale de mouvements destructurés mais savamment travaillés. Les enfants adhèrent tout de suite à ces maladroits qui leur ressemblent, les adultes plus coincés sont vite emportés par le rire et perdent avec joie leur retenue. Après un début un peu lent, nos quatre gaillards à force de clins d’œil, de jeu avec le public et d’un final hilarant emportent le morceau. N’apportez bien sûr ni clés, ni chéquier, ni lunettes, ni smartphone, ils vous les piqueront et feront toute une histoire pour vous les rendre à la fin.

Il y aurait beaucoup à dire sur l’art du clown que ceux-là servent avec davantage que du talent. Pourquoi ne se lasse-t-on pas de ces maquillages outranciers, de ses borborygmes, de ces gags éculés irrésistibles ? Tout pourrait reléguer ces pitreries au magasin des accessoires vieillots. Mais non, on les acclame, on en veut encore. Vive les cabrioles et les étourdis qui se prennent les portes en plein nez rouge.

Il est vrai que l’on ne peut faire qu’un triomphe à ces pitres-là. Augustes et clowns blancs qui nous entourent tant à notre époque, à la télévision comme en politique, en une parade de gugusses sinistres ne nous font pas rire, loin de là. Ceux de « Le titre est dans le coffre » au moins sont hilarants. Ils annoncent leur spectacle comme une parodie de vaudeville. Ils ont tort, c’est bien plus drôle.

 

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Piano Rigoletto

 

 

Avignon 2015

Théâtre Au coin de la lune

alain bernardDepuis quelques années les musiciens dans la veine du mythique « Le Quatuor » se sont aperçus qu’ils avaient à leur portée une huitième note, celle de faire rire. Et après le précurseur Maurice Baquet et son violoncelle on a vu défiler des kyrielles de comiques musicaux, plus ou moins musiciens et plus ou moins comiques.

Là où Alain Bernard, dans « Piano Rigoletto » se distingue, c’est qu’il aime non seulement la musique, mais toutes les musiques. De Chopin à David Guetta, en surfant sur des variations de « La Mer » de Charle Trénet, vagues de mélodies superbes. Il nous livre un panel de son talent de pianiste de bar et de virtuose du synthé passant d’un genre à l’autre, ses doigts virevoltant sur les touches (52 noires et 36 blanches précise-t-il) avec une virtuosité qui épate. Maniant un humour de grosse caisse ou de fin arpège selon le cas, il nous donne une leçon de musique, fort drôle et pétillante. Malicieux, il démonte tous les trucs et astuces en nous livrant les dessous de la composition (ah ! les jingles des émissions télé !) sans casser son amour fou et multiple pour la musique. C’est jubilatoire et on en redemande. A ses textes s’ajoutent ceux de Jean-Claude Islert et de Pascal Légitimus, ce dernier signant aussi la mise en scène avec son sens du comique bien connu.

Alain Bernard. Retenez ce nom si vous ne le connaissez déjà.  Il a tout d’un grand amuseur populaire et de plus caresse son piano comme son public avec une joie communicative. Son père avait écrit une chanson pour Bourvil, « La valise ». Il finit sa leçon en la faisant revivre. C’est chaud, tendre et émouvant. On croyait au bout d’une heure et quart avoir fait le tour du bonhomme et il nous surprend. Bref, un véritable artiste.

 

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e-génération

 

Avignon 2015

Théâtre Le Grand Pavois

e-générationLes spectacles à sketchs sont les plus difficiles à réussir. Agencer l’ordre, ne pas laisser tomber le rythme, varier les prestations des acteurs, etc. Ici on se retrouve parfois en équilibre instable, certaines scènes sont plus faibles que d’autres, mais l’important est le propos et il est plus qu’intéressant. Il s’agit de montrer que « L’e-génération », à savoir la génération Internet n’est ni pire ni meilleure que la précédente, la « TV-génération » ou encore celle d’avant la « Transistor-génération ». Le choc, voire le conflit, en tout cas l’incompréhension des générations entre elles ne date pas d’hier. La Bible, l’Histoire antique ou moderne sont pleines de pères et de fils qui s’affrontent. Regardez mais 68 où les fils de bourges brûlaient les voitures des pères de bourges, regardez les banlieues où les beurs de troisième génération se révoltent contre les beurs de deuxième.

La « E-génération » cherche l’amour sur la toile et trouve des amis sur les réseaux sociaux, la belle affaire, ses parents agissaient déjà ainsi en s’inscrivant dans des clubs, des associations et autres confréries. Bref, rien de nouveau sous le soleil, à part les outils, en l’occurrence l’ordi (ne dites pas l‘ordinateur, ça fait vieux croûton) et surtout le smartphone. « Nous avons le monde dans la poche », dit l’un des personnages. La pièce met donc en scène ces jeunes qui tchatent,  likent  et twittent  à la vitesse de leurs doigts virevoltants. Les comédiens sont parfois un peu jeunes dans leur diction et leur expression, voix mal placées et gestuelles fabriquées, mais, bon, on ne peut pas tout avoir, la jeunesse et l’expérience (par expérience, je sais qu’il vaut mieux avoir la jeunesse). Et puis avouez qu’un spectacle sur les us et coutumes des jeunes joué par le troisième âge, ça manquerait quand même de tonus !

L’essentiel, je l’ai dit, est ici le propos et la question toute bête mais essentielle qu’il soulève : Peut-on avec ou malgré les nouvelles technologies rester soi-même, avoir des sentiments et ne pas devenir une machine à penser ?  Il semblerait que oui. Si les pratiques de cette « E-génération » peuvent surprendre ses aînés, elle nous demande de lui faire confiance.

Parions sur elle. Il faut toujours parier sur la jeunesse, on est sûr de gagner parce qu’elle a l’énergie et la foi. Pardon, elle a trop la niaque et elle est à donf péchu.

 

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Livret de famille

 

Avignon 2015

Théâtre La Luna

livret de familleRien de plus subtil, de plus ténu mais aussi de plus encombrant que la relation fraternelle. D’un point de départ tout simple, la mère qui a disparu de chez elle, deux frères qui n’ont pas toujours fraternisé se retrouvent chez l’un d’eux. Quand je dis « se retrouvent », ce n’est pas dans le sens de retrouvailles heureuses, car ces deux-là auraient plutôt tendance à se rechercher. Engoncés dans leur pudeur d’hommes de la quarantaine et, pardon pour ce jeu de mot, ayant mis en quarantaine leur tendresse, ils vont avoir du mal à se trouver. De petites confidences en gros aveux, ils vont à tour de rôle se détester, se battre et bien sûr fraterniser.

Eric Rouquette a écrit là une pièce forte où le non-dit est plus puissant que les mots et construit avec souplesse une avancée des situations, jusqu’à nous tenir en haleine de bout en bout. Il transforme les petits riens de la vie, avoués dans un langage quotidien sans vulgarité, en douleurs contractées, en regrets amers mais aussi en espoirs fous où brille encore le regard de l’enfance. Il y ajoute un art dépouillé mais magnifique de la mise en scène dans un décor original de Olivier Hébert – deux fenêtres au dessus des toits – où les personnages se meuvent dans une nuit d’été, tour à tour chats de gouttière et félins féroces.

S’ajoutent pour notre plaisir les talents conjugués de deux acteurs, des grands – eh oui en ces temps de médiocrité, il est bon de le souligner, car au lieu de se complaire dans des tics de cabot ils arrivent à faire vivre pleinement des personnages. Ils s’appellent Christophe de Mareuil et Guillaume Destrem, plus frères que des frères de sang, et leurs sensibilités d’écorchés se conjuguent sans fausse note.

C’est triste, c’est dur, c’est tendre et c’est beau. C’est du vrai théâtre, point final.

 

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