Archives pour la catégorie Les pièces célèbres

Art

 

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Pièce de Yasmina Reza, créée le 28 octobre 1994 à la Comédie des Champs-Elysées dans une mise en scène de Patrice Kerbrat.

Résumé :

Marc est invité par son ami Serge à venir voir sa nouvelle acquisition, une toile d’environ 1m60 sur 1m20 peinte en blanc, avec de fins liserés blancs transversaux, que Serge vient d’acheter 200 000 francs. Atterré par cet achat, ne comprenant pas que son ami ait pu dépenser une somme pareille pour un tableau blanc, Marc donne d’abord son point de vue sans retenue, ne se souciant pas de l’avis de Serge. Puis il va trouver Yvan, leur ami commun, pour lui faire part de son incompréhension à propos de ce geste. Yvan, lui, ne pense rien de ce tableau. L’approche de son mariage le rend nerveux. Il ne veut surtout pas contrarier ses deux amis. Serge et Marc commencent à se disputer et entraînent Yvan dans leur confrontation.

Les trois amis vont alors s’entre-déchirer autour de ce tableau blanc en invoquant tous les arguments qui tournent autour de l’art moderne et de l’art contemporain. L’affrontement ira bien au-delà de la seule question de l’art… Celui-ci ne laissera personne indemne. Serge ira jusqu’à dire ce qu’il pense vraiment de la femme de Marc, et Marc jusqu’à dire à Yvan d’annuler son mariage considérant qu’il fait une erreur. À force, Marc et Serge iront jusqu’à se battre. Finalement, pour sauver leur amitié, les trois amis vont sacrifier le tableau en dessinant dessus, puis vont le restaurer ensemble.

Parfois les auteurs atteignent le sommet en écrivant serré, fort et original. Art a eu un immense succès et de nombreuses récompenses. En 1995, deux Molières (meilleur auteur et meilleur spectacle privé), et en 1998 un Tony Award (la pièce avait été coproduite par Sean Connery). Elle a été traduite en trente-cinq langues et jouée à Londres, Berlin, Chicago, Tokyo, Lisbonne, Saint-Petersburg, Bombay, Johannesburg, Buenos Aires et Bratislava.

Rien qu’à l’énoncé des pays qui, outre la France, lui ont fait un triomphe, on se doute que Art n’est pas qu’une simple comédie. Un succès planétaire appelle à une constatation toute simple, l’œuvre est un classique puisqu’elle s’adresse à un public très cosmopolite et gageons qu’elle traversera le temps.

Des malentendus se sont produits au sujet de cette pièce. Beaucoup n’y ont vu qu’une certaine critique de l’art contemporain – les personnages se disputant au sujet de la valeur d’une toile blanche – alors qu’elle traite surtout de la fragilité des rapports amicaux. Grâce à un grand dépouillement de mise en scène et à un jeu d’acteurs quasi parfaits, les différentes versions de Art ont montré, malgré des changements de distribution, la solidité et l’intemporalité de la pièce.

Pour ma part, je considère Art comme un chef-d’œuvre faisant mentir tous les grincheux et les rabat-joie de tout poil qui pensent que le théâtre actuel ne vaut plus rien.

Pour ceux qui ne l’ont pas vu, voici une captation intégrale avec les créateurs Pierre Vaneck (Marc), Fabrice Luchini (Serge) et Pierre Arditi (Yvan). 1 heure et 27 minutes de pur bonheur !

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Cyrano de Bergerac

 

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Cyrano de Bergerac est l’une des pièces les plus populaires du théâtre français, et la plus célèbre de son auteur, Edmond Rostand. Librement inspirée de la vie et de l’œuvre de l’écrivain libertin Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), elle est représentée pour la première fois le 27 ou le 28 décembre 1897, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris.

Résumé :

Acte I

La scène se déroule en 1640 dans l’Hôtel de Bourgogne, où un public nombreux et varié, composé de bourgeois, de soldats, de voleurs et de petits marquis, va assister à une représentation de La Clorise, une pastorale de Balthazar Baro. On découvre Roxane, une jeune femme belle et distinguée, Christian de Neuvillette, un jeune noble qui l’aime en secret et le comte De Guiche, qui cherche à faire de Roxane sa maîtresse et veut la marier au vicomte de Valvert, ce à quoi la jeune femme ne souscrit pas. C’est alors qu’intervient Cyrano de Bergerac, le cousin de Roxane, au moment où où Montfleury, l’un des acteurs, déclame sa première tirade. Cyrano interrompt la représentation et le chasse pour des raisons personnelles. Valvert intervient et provoque Cyrano, qui réplique par une brillante tirade à l’honneur de son propre nez. Tout en rimant, il sort son épée et bat en duel le vicomte, que ses amis évacuent blessé, tandis que l’assemblée acclame le vainqueur. Le calme revient. Cyrano, qui est secrètement amoureux de sa cousine Roxane mais dont le physique l’empêche de se déclarer, apprend que celle-ci lui fixe un rendez-vous le lendemain. Transporté, il raccompagne son ami Lignière pour le protéger d’une embuscade de cent hommes.

Acte II

Cyrano, fébrile, attend Roxane chez leur ami restaurateur et poète Ragueneau, en lui écrivant une lettre, et sans prêter attention aux interrogations et insinuations de la cantonade sur l’exploit de la nuit passée : cent hommes défaits par un seul !

À son arrivée, Roxane évoque leur enfance commune, puis révèle peu à peu à Cyrano qu’elle est amoureuse. Celui-ci, paralysé pour une fois par l’émotion, ne sait que répondre et elle avoue son amour envers le baron Christian de Neuvillette, qui vient d’être engagé dans la compagnie de Cyrano. Roxane, qui ne connaît pas les sentiments de Cyrano pour elle, souhaite juste lui demander de servir de parrain au jeune baron. Cyrano – effondré, mais n’en montrant rien – accepte.

Avant de quitter Cyrano, Roxane évoque son admiration pour le courage dont il a fait preuve face aux cent hommes. Il se contente d’un sobre et triste « Oh, j’ai fait mieux depuis ! » Roxane le quitte sans s’interroger sur cette remarque.

Christian cherche à braver Cyrano pour s’imposer dans la compagnie des Cadets ; celui-ci, fidèle à sa promesse, ne réplique pas et le jeune homme acquiert même son estime par ce courage. Christian lui parle alors de Roxane, qu’il se désespère de conquérir : elle est précieuse, tandis que lui ne sait parler d’amour. Cyrano, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, propose de l’aider à conquérir Roxane et lui donne, pour elle, la déclaration d’amour qu’il vient de rédiger, non signée. Christian l’accepte, sans se douter qu’elle était précisément destinée à Roxane.

Acte III

Le comte de Guiche rend visite à Roxane, qu’il cherche à séduire. Comme il lui annonce que le régiment de Cyrano -dans lequel sert Christian- va partir à la guerre, Roxane, qui veut protéger Christian, convainc le comte de laisser ce régiment se morfondre à Paris. Peu après, malgré les conseils de Cyrano, Christian rencontre Roxane, mais s’avère incapable de lui parler d’amour. La jeune précieuse le quitte, déçue. Cyrano aide Christian à rattraper cet échec. Caché dans l’ombre sous le balcon de Roxane, il souffle à Christian ses mots, puis prend sa place et déclare à Roxane son amour, la laissant totalement charmée par un si bel esprit qu’elle pense être celui de Christian. À peine ont-ils le temps d’échanger un baiser, que Roxane et Christian sont interrompus par un capucin, qui remet à la jeune femme une lettre du comte de Guiche lui annonçant qu’il va la rejoindre cette nuit même.

Roxane demande alors au capucin de célébrer sur le champ son mariage avec Christian. Pendant ce temps, Cyrano retarde de Guiche en se faisant passer pour un homme tombé de la lune. Arrivé à l’hôtel de Roxane, le comte la découvre mariée ; constatant qu’il a été abusé, il envoie aussitôt Christian et Cyrano combattre au siège d’Arras.

Acte IV

Assiégeant les Espagnols à Arras, la compagnie que dirige de Guiche est bloquée par les Espagnols, et les soldats, affamés, commencent à se décourager. Quant à Cyrano, il franchit tous les jours les lignes ennemies, au péril de sa vie, pour faire parvenir à Roxane des lettres qu’il écrit et signe du nom de Christian.

Touchée par ces lettres, Roxane parvient, grâce à la complicité de Ragueneau, à se rendre au siège d’Arras avec un carrosse rempli de victuailles. Elle veut prouver à Christian son amour et lui dit que c’est la « sincérité » et la « puissance » des lettres qu’elle recevait qui l’ont fait venir ici. Le jeune homme comprend alors que Cyrano est lui aussi amoureux de Roxane et que c’est de lui que la resplendissante jeune femme est amoureuse sans le savoir. Il enjoint Cyrano de révéler la vérité à Roxane, mais les Espagnols attaquent le camp et le jeune homme court au combat. Tué dans la bataille, il lui laisse une dernière lettre d’adieu et d’amour écrite par Cyrano. Celui-ci décide de garder le secret de son amour. De Guiche s’enfuit avec Roxane à la demande de Cyrano, lequel se lance à corps perdu dans le combat.

Acte V

Quinze ans plus tard, Roxane, toujours amoureuse de Christian, s’est retirée dans un couvent parisien où Cyrano lui rend visite une fois par semaine. Ce jour-là, Cyrano est tombé dans une embuscade et arrive au couvent mortellement blessé à la tête. Mourant, il ne dit pourtant rien à Roxane. Comme elle évoque la dernière lettre de Christian, qu’elle porte constamment sur elle, il demande à la voir et la lit à voix haute. Son ton trouble Roxane, qui reconnaît la voix qu’elle avait entendue sur son balcon ; elle s’aperçoit que Cyrano lit la lettre alors que la nuit est tombée, ce qui signifie qu’il la connaît par cœur. Elle comprend alors « toute la généreuse imposture ». Cyrano demande à Roxane de pleurer sa mort au même titre que celle de Christian. Divaguant, il veut mourir debout et attend la camarde, l’épée à la main, en pourfendant vainement les « Sottise », « Préjugés », « Lâchetés » et « Compromis ». Il meurt en emportant avec lui son « Panache ».

Ce que j’en pense :

On le voit à ce résumé, la pièce est à grand spectacle. Pas moins de cinq décors, une nombreuse distribution, une grande variété de costumes Louis XIII, un acteur plus que doué pour le rôle de Cyrano, pus de deux heures de représentation, toute en vers, bref de quoi refroidir n’importe quel producteur ! Et pourtant elle est montée régulièrement. Essayons d’analyser les raisons de son succès.

Dès la création, la pièce reçut un accueil triomphal. Peut-on s’imaginer une première suivie de vingt minutes d’applaudissements sans interruption ? Peut-on imaginer le ministre des Finances d’alors, Georges Cochery, apparaître dans la loge de l’auteur Edmond Rostand et le décorer de sa propre légion d’honneur ? Nous savons, nous, les gens de théâtre, que le succès n’est pas prévisible et même si nous nous efforçons de tout faire pour l’atteindre, il est loin d’être toujours au rendez-vous. Et là, en ce qui concerne Cyrano de Bergerac, le succès est un faible mot pour rendre l’enthousiasme délirant des spectateurs, et ce, jusqu’à nos jours.

Je crois qu’il faut en chercher les motifs dans plusieurs directions, car la pièce est lisible à plusieurs niveaux.

1/ L’histoire tout d’abord. Le sacrifice de Cyrano, restant dans l’ombre pour que Christian, paralysé par son amour, puisse parler à Roxane avec ses mots. « Parler d’amour, c’est déjà faire l’amour » disait Victor Hugo. Rostand a dû s’en souvenir.

2/ Le personnage. Poète, batailleur, aimant la dive bouteille, ami de Chapelle et de Molière, auteur d’un États et empires de la Lune, le vrai Cyrano de Bergerac a bien existé. Rostand s’en inspire comme point de départ en y ajoutant outre son esprit, son complexe : un nez trop gros. D’où, sans doute, sa timidité avec les femmes qu’il ne peut séduire que caché, dans l’ombre. Déjà Théophile Gautier avait fait allusion à ce nez proéminent dans Les Grotesques, créant ainsi la légende d’un Cyrano de Bergerac laid. Là aussi, Edmond Rostand qui avait tout lu sur le personnage réel de Cyrano de Bergerac, s’en est souvenu.

L’authentique Savinien de Cyrano de Bergerac

3/ L’évolution dramatique. Plus l’amour de Christian s’exprime grâce aux mots de Cyrano, plus l’amour de ce dernier s’intensifie. Tel un acteur pris à son propre jeu, Cyrano devient fou amoureux, mais élégance oblige, reste en retrait. Puis Christian meurt au siège d’Arras. Joli coup de théâtre auquel on ne s’attend pas. Jusque là la mort du héros amoureux se produit à la fin de la pièce, Edmond Rostand renverse le code et surprend son public.

4/ La fin. Après quatre actes tumultueux avec un nombre considérable de personnages, l’acte V, plus intime dénoue le grand secret de Cyrano qui va se trahir, connaissant une lettre de Christian par cœur, et pour cause parce qu’il en est l’auteur. Son amour dévoilé, il ne lui reste plus qu’à mourir. De l’épopée, on est passé au drame. De la fougue, on est arrivé à la vieillesse.

Et les autres raisons qu’il ne faut pas non plus négliger :

5/ Depuis la défaite de 1871 – on ne parle jamais assez de cette guerre et de l’influence qu’elle a eue sur l’état d’esprit des français qui se sont alors renfermés sur eux-mêmes et ont perdu une certaine légèreté – la France ne croit plus en elle. L’affaire Dreyfus débute, un attentat anarchiste coûte la vie au président Sadi Carnot, de nombreux scandales – déjà ! – éclaboussent les hommes politiques. En offrant au public un héros plein de panache, et en définitive très cocardier, Edmond Rostand regonfle le moral des troupes. Il redonne confiance aux français.

6/ Le montage de la pièce. Il y a eu une véritable collaboration entre l’acteur Coquelin qui créa le rôle de Cyrano et l’auteur Edmond Rostand. Le comédien, fasciné par le personnage, participa à l’élaboration de la mise en scène par ses conseils. Dans le texte, Edmond Rostand note de nombreuses didascalies qui démontrent l’importance qu’il accorde au jeu des acteurs. C’est une manière nouvelle d’écrire les pièces, suivant en ce sens-là la voie tracée dans le vaudeville par Georges Feydeau qui apportait déjà un soin méticuleux à ses indications de scène. Néanmoins, malgré une préparation minutieuse, le soir de la première, peu avant le lever du rideau, Edmond Rostand viendra s’excuser auprès de son acteur fétiche de l’avoir entraîné dans cette aventure !

7/ L’écriture. Avec un art consommé de la « cassure » des vers, Rostand, qui a lu entre autres pièces Ruy Blas de Victor Hugo, n’a pas oublié le romantisme. Il sait que ce style emporte le public et correspond parfaitement à l’art théâtral de ‘époque où on n’avait pas peur de « faire sonner les vers ». Il y a là une emphase, tempérée par une ironie, qui a déplacé les foules. Il a qualifié Cyrano de Bergerac comme étant une comédie héroïque.

8/ Le spectateur passe par divers sentiments d’émotion, de drôlerie, de poésie, de surréalisme même, comme le souligne Muriel Mayette, administratrice de la Comédie-Française. C’est aussi un des secrets d’une pièce réussie : la variété. Encore faut-il que le dosage y soit subtil, ce qui est le cas.

Et ce ne fut pas qu’une mode, chaque fois que la pièce est montée, elle a du succès, un succès considérable en France comme à l’étranger. Plusieurs adaptations pour le cinéma ont eu lieu dont le film de Jean-Paul Rappeneau (1990) avec Gérard Depardieu.

Pour ma part, je retiens deux présentations, le téléfilm de Claude Barma (1960) avec Daniel Sorano, transfuge du T.N.P., époustouflant Cyrano et le dernier montage à la Comédie-Française (2012) dans une mise en scène de m.e.s Denis Podalydès, avec dans le rôle-titre Michel Vuillermoz (qui fut à une époque mon élève).

 

Le texte de la pièce :

 

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Feu la mère de madame

 

Feydeau

Pièce en un acte de Georges Feydeau représentée pour la première fois le 15 novembre 1908 à la Comédie-Royale.

Résumé :

Lucien, rentré tard du bal des Quat’z’Arts, réveille sa femme Yvonne, qui commence à lui faire une scène. La tempête passée, un valet de chambre sonne à la porte, au moment où les deux époux se couchent. Le messager est porteur d’une bien terrible nouvelle : la mère de Madame est morte.

Alors que tout le monde s’active pour se rendre chez la mère de Madame, le couple apprend que le valet vient de commettre une horrible méprise : il s’est trompé de personnes, c’est la mère des voisins qui est morte ! Le valet est vivement chassé et les deux époux repartent de plus belle dans une scène de ménage…

Il n’est pas nécessaire qu’une pièce soit longue pour être un chef-d’œuvre. Celle-ci doit faire tout au plus 45 minutes à la représentation et elle est un bel aperçu du génie de Feydeau. Il a réussi la prouesse de nous faire pénétrer dans une chambre de petits bourgeois, et nous avons l’impression de regarder par le trou de la serrure ce couple dans son intimité. Ce couple qui ne s’aime plus déjà, à peine après deux ans de mariage, et qui se supporte plus ou moins. Chacun fait des reproches à l’autre et la bonne vient se mêler de tout.

C’est à un rire féroce et moqueur que le vaudevilliste nous convie ainsi qu’à une étude très fine des caractères. Le mari et la femme, chacun avec sa logique, routes parallèles qui ne se rencontrent que rarement, forment le duo toujours plein de rebondissements qu’affectionne l’auteur. Lui est fatigué, il a fait la fête, il a mal à l’estomac, il a marché des heures sous la pluie sans trouver de fiacre, elle, réveillée en sursaut, est vive, nerveuse, furieuse de se voir délaissée. Ils sont plus nus que nus. A cette heure tardive, les masques tombent et chacun dévoile sa petitesse, son conformisme, ses petites manies. Les rôles secondaires, la bonne Annette et le valet Joseph sont croqués avec tout autant de talent par l’observateur impitoyable et lucide qu’était Feydeau.

J’ai parlé de génie. En voici la démonstration la plus évidente : jusqu’à Feu la mère de madame, il était admis, exigé presque, qu’une comédie devait se passer de jour et de préférence par beau temps. Il était aussi recommandé, voire imposé qu’on y parle d’amour, de jeunes gens à marier, d’adultère, et surtout pas, mais alors surtout pas de mort. Mort = tragédie. Or que fait Georges Feydeau ? Il situe l’action de sa pièce en pleine nuit, par un temps de chien, et on y apprend le décès de la mère de madame. Il bouleverse tous les codes, piétine les conventions, renverse l’acquis pour créer un théâtre neuf, enlevé et irrésistible.

Certains diront que derrière ce couple, il y a celui de l’auteur et sa propre mésentente avec son épouse. Mais tout est orienté vers le rire et Feydeau n’oublie à aucun instant son art de la comédie.

On prétend qu’il aurait écrit la pièce d’un jet en un après-midi. C’est possible mais « le temps ne fait rien à l’affaire » disait déjà Molière. Peu importe. Condensé, serré comme un café bien fort, la pièce est représentée partout dans le monde.

Ne pas croire qu’elle soit facile à jouer. Pour l’avoir mise en scène dernièrement, je puis vous assurer qu’elle demande, comme toujours chez Feydeau, une grande sincérité chez les acteurs. Le parler quotidien, sans appuyer les effets, demande un grand savoir-faire et une modestie du comédien qui doit s’effacer devant son personnage. L’auteur le savait bien qui réglait lui-même avec minutie les mises en scène de ses pièces.

Je vous invite à regarder la version de la Comédie-Française de 1968 avec Jacques Charon, Micheline Boudet, Louise Conte et Jean-Paul Roussillon, dans une mise en scène de Jacques Charon.

Pour obtenir le texte de la pièce ou le DVD, cliquer sur l’une ou l’autre des images ci-dessous :

      

 

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Le Cid

 

Gérard Philipe dans le rôle de Rodrigue – Palais des papes, Avignon

Tragi-comédie de Pierre Corneille créée le 5 janvier 1637 au théâtre du Marais.

Résumé :

Don Diègue et le comte de Don Gomès projettent d’unir leurs enfants Rodrigue et Chimène, qui s’aiment. Mais le comte, jaloux de se voir préférer le vieux don Diègue pour le poste de précepteur du prince, offense ce dernier en lui donnant une gifle (un « soufflet » dans le langage de l’époque). Don Diègue, trop vieux pour se venger par lui-même, remet sa vengeance entre les mains de son fils Rodrigue qui, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène en duel. Chimène essaie de renier son amour et le cache au roi, à qui elle demande la tête de Rodrigue. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de prouver sa valeur et d’obtenir le pardon du roi. Plus que jamais amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche, qui l’aime aussi, et Rodrigue. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène : le mariage sera célébré l’année suivante.

Voilà une pièce qui ne correspond en rien aux exigences du théâtre au XVIIème siècle. Elle y déroge sur trois points essentiels :

La fameuse règle des 3 unités (unité de temps, unité de lieu et unité d’action) y est bafouée. Si l’unité de temps est respectée, l’action se jouant sur vingt-quatre heures, Corneille avouera dans son Examen du Cid combien cette contrainte a porté préjudice à la vraisemblance de l’intrigue. En effet une succession d’actions en si peu de temps est quasi invraisemblable.

– Pour l’unité de lieu, Corneille a pris ses aises. L’action se déroule en effet dans plusieurs endroits différents : la place publique, une rue, le palais du roi, l’appartement de l’Infante, la maison de Chimène. Le dramaturge se justifiera par une pirouette : « Tout s’y passe donc dans Séville, et garde ainsi quelque espèce d’unité de lieu en général. » [in « L’Examen du Cid »]

– Quant à l’unité d’action, si c’est bien l’amour menacé de Rodrigue et Chimène qui constitue presque tout le sujet de la pièce, la « tragédie de l’infante », amoureuse sans retour de Rodrigue, est une intrigue secondaire qui vient se greffer, sans nécessité absolue, sur l’intrigue principale.

Mais c’est sans doute en violant ses règles que Pierre Corneille atteint au chef-d’œuvre. Se débarrassant de ces conventions, il invente un théâtre moderne, plein de fougue et de jeunesse. N’oublions pas qu’il a lui-même 30 ans en 1637 et qu’il va se battre pour imposer sa pièce face à une cabale chargée d’en désintéresser le public.

Il faut dire aussi que le sujet n’avait rien d’antique tel que l’exigeaient les canons classiques. En situant sa pièce en Espagne, au moment où la France est en guerre contre elle, il est proche de la provocation. Toutefois l’académie française saura le laver de tout soupçon d’esprit anti-français et Richelieu fera anoblir Corneille par le roi cette même année 1637.

C’est sans doute parce que les règles ont été transgressées que la pièce a eu un énorme succès. Dans l’histoire du théâtre il y a en effet un avant et un après Le Cid. Mais il y a aussi une autre cause, plus simple. L’amour entre Rodrigue et Chimène rendu impossible par ce déchirement entre le sentiment amoureux et le sens du devoir est poignant. On ne peut sans émotion assister à l’attirance-répulsion de ces deux êtres et on ne demande qu’à les voir réunis. Corneille, d’ailleurs, avec intelligence voire malice, crée un genre en classant sa pièce comme tragi-comédie, catégorie qu’il invente et bien commodément puisque Le Cid finit par un mariage.

De nos jours la pièce est moins jouée et pas toujours bien montée. Par une succession de malentendus où l’Education Nationale l’a mise au programme de la classe de 4ème, on la croit réservée à des matinées scolaires. Jean Vilar l’avait brillamment ressuscitée devant le palais des papes en Avignon où Gérard Philipe fut un étincelant Rodrigue. Il est bon de s’en souvenir. C’est une des plus belles pièces de notre répertoire et elle s’adresse à tous les publics.

Faute de la voir sur scène, vous pouvez la lire sur Wikisource. En voici le lien [cliquer ici]

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