Archives pour la catégorie A lire avant tout

Allez au théâtre !

aller au th

Il y a en France chaque jour un nombre impressionnant de représentations théâtrales. Que ce soit à Paris – seule capitale au monde à proposer autant de spectacles – ou en Régions, le théâtre est un divertissement indissociable de notre culture. D’excellents acteurs, des metteurs en scène aux univers passionnants, des lieux magnifiques, une politique culturelle des lieux publics et des offres dans les lieux privés que l’étranger nous envie confèrent au théâtre une place de choix.
Et pourtant !

Et pourtant beaucoup de gens se refusent à y aller. Je suis toujours frappé à ce propos des raisons invoquées. « Je n’ai pas le temps » alors qu’on passe des heures devant la télévision face à des programmes d’une pauvreté et d’une indigence débilitantes, « Je n’ai pas le budget pour » alors que le prix des places est en moyenne, tous théâtres confondus, une fois et demi celui d’un billet de cinéma, deux fois moins que pour un match de football et jusqu’à cinq fois moins qu’une place de concert pop. Mais le pire que j’ai entendu et entends encore : « Ce n’est pas pour moi » aussi stupide que de prétendre que Van Gogh, Mozart, ou Maupassant sont réservés à des élites d’où s’excluent de braves gens qui se privent d’un art magnifique, toujours renouvelé, magique, où l’artiste est là devant nous en direct, « en live » comme disent les jeunes et qui nous procure émotions, joies, rires ou larmes, qui nous distrait ou nous fait réfléchir, et parfois même les deux.
Refuser le théâtre, c’est refuser de se faire plaisir.

Il est vrai que – mea culpa – les gens de théâtre ont parfois oublié ou négligé ce rapport subtil, quasi charnel, avec le public qui telle une vague peut être secoué de sentiments tout autant sinon plus que les artistes sur scène. Ils ont préféré faire de la recherche, pousser le bouchon de l’intellectualisme trop loin, bref se titiller le cerveau plutôt que d’offrir leur cœur. Ils ont pu, ils ont dû, éloigner un public prétendument ras des pâquerettes qui ne venait dans les salles que pour se distraire sans prétention. Mais pourquoi condamner ceux-là et glorifier les autres ? N’est-ce pas le charme essentiel et superbe du théâtre que de proposer plusieurs chemins ? N’en faut-il pas comme on dit pour tous les goûts ?
De même qu’il n’y a pas un public, mais des publics, il n’y a pas un théâtre mais des théâtres.
Cette pluralité existe davantage en France qu’ailleurs (A Broadway par exemple, si superbes soient-elles, vous n’avez quasiment que des comédies musicales.  Certes, il existe un »off-broadway » et un « off-off-broadway » qui proposent du théâtre et des créations très contemporaines et expérimentales. Mais on est loin des offres parisiennes ou avignonnaises). Elle nous propose, outre le double masque du théâtre, celui de la comédie qui rit et celui de la tragédie qui pleure, un choix très varié. Nous pouvons passer de Samuel Beckett à Francis Weber, du café-théâtre à la Comédie-Française, ou de Michel Lebb à Michel Bouquet. Les uns et les autres ne s’opposent pas, ils se complètent comme la palette du peintre où diverses couleurs se mélangent. Et puis on peut bien avoir envie d’écouter un jour un opéra de Wagner et le lendemain Thomas Dutronc. Il en faut pour tous les goûts de chacun, disais-je, mais aussi pour tous les goûts qui sont en chacun de nous.

Le théâtre est une affaire de goût, de notre propre goût.

Il y a d’autres raisons pour aller au théâtre que celle de la variété des spectacles. La principale est de sortir de l’abrutissement dans lequel on veut, sans le vouloir, tout en le voulant, nous contraindre. Si l’on prend par exemple la télévision, savez-vous quelle est l’émission qui, il y a une trentaine d’années, était en tête de l’audimat (qu’on n’appelait pas encore l’audimat) ? Cette émission s’appelait « Apostrophes », elle était présentée par Bernard Pivot. Elle réunissait quatre écrivains qui venaient faire la promotion de leurs livres et parlaient de ceux des autres. Et, tenez-vous bien, elle était programmée le vendredi soir à 21h30 ! Quand on regarde les programmes actuels des chaînes de télévision, on ne peut être qu’atterré. Comment une telle dégringolade a-t-elle pu avoir lieu ? Comment nous, français, peuple qui a derrière lui une des plus belles et plus grandes histoires culturelles, tant dans le domaine de la création que dans celui du patrimoine, avons-nous pu nous oublier et faire un triomphe à des fadaises de la téléréalité ou de talk-shows bêtifiants ? Si l’on désire ne pas devenir un cerveau mou avec un corps avachi dans un canapé, il y a deux solutions :

1/ Eteindre le poste de télévision, se passer un bon DVD ou prendre un livre.
Ou bien
2/ Sortir et aller au théâtre.

Vous comprendrez aisément que je vous propose surtout la seconde solution, même si la première a aussi ses avantages. Car il s’agit de sortir, c’est-à-dire de faire un effort, de prendre un moyen de transport, bus, métro, ou voiture, de rencontrer des gens et de se retrouver dans une salle avec d’autres gens, qui à priori ont les mêmes goûts que vous puisqu’ils ont choisi le même spectacle que vous, qui ont fait comme vous l’effort de quitter le confort douillet de leur appartement, et qui refusent comme vous l’abrutissement.
Aller au théâtre, c’est se retrouver ensemble avec des gens qui vous ressemblent.
Et puis, c’est un moment magique, davantage que le cinéma, car lors d’une représentation nous sommes plongés dans le temps présent. Nous voyons en chair et en os tel et telle, et nous les voyons palpiter. Mieux, nous voyons l’artiste exercer son art devant nous ce soir-là exceptionnellement pour nous car, tous les acteurs vous le diront, chaque représentation est différente. Et nous aussi nous palpitons. Dire que l’espace d’une représentation, nous allons tout oublier, nos soucis, nos impôts, nos chagrins, dire que nous sommes assis dans un fauteuil et que nous partons ailleurs, dans le plus beau des voyages, celui qui nous emporte dans des émotions ou dans des rires ; dire que nous nous souviendrons encore longtemps de Richard III de Shakespeare, du Misanthrope de Molière, de La Cerisaie de Tchekhov, ou d’Antigone d’Anouilh, de Caligula de Camus, ou de Feydeau, ou de Koltès, ou de Mouawad, ou de Weber.

Le théâtre est aussi nécessaire que l’air que l’on respire. Sans air le corps meurt. Sans théâtre, c’est l’esprit qui meurt.
Alors, aller au théâtre, vous en sortirez davantage vivants !

 

Donnez-moi votre avis, faites-moi part de votre expérience. Ce blog Place au Théâtre  va vous aider à vous épanouir, peu à peu, conseil après conseil. (Votre mail ne sera jamais divulgué. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer, là où il n’y a aucun théâtre.)

Votre nom (obligatoire)

Votre email (obligatoire)

Votre message

Le théâtre Jeune Public

jp

Le théâtre est fondamental parce qu’il fonde le mental.
Le théâtre pour enfants qu’on appelle jeune public est capable du pire comme du meilleur. La notion de ce type de spectacle est double : donner le goût du théâtre aux écoliers dès la maternelle et avoir un sens pédagogique. Il présuppose donc d’être d’emblée un « OTNI » (Objet Théâtral Non Identifié) puisqu’il allie le spectacle, l’entertainment comme disent les américains, à savoir le divertissement, et la réflexion.
Il est donc à ce titre hautement ambitieux et ne peut se cantonner à quelques « marionnetteries » plus ou moins mal manipulées ou à des ersatz de spectacles pour adultes ramenés à des propos gnangnans. D’où le pire et le meilleur auquel je faisais allusion plus haut car l’excellence doit être ici de mise si l’on veut que l’enfant sorte du théâtre heureux et enrichi.

Car l’enjeu est énorme : former le spectateur de demain. Ce sont eux, ces enfants des maternelles jusqu’aux lycées qui seront le public et qui feront la pluie ou le beau temps des fréquentations. D’où l’exigence et la mission qui incombent aux compagnies spécialisées dans le spectacle jeune public.
Et, crise oblige, ces compagnies sont nombreuses car les écoles, les centres de loisirs, les MJC et les théâtres sont très demandeurs de ce type de spectacle, leurs directeurs étant assurés de remplir avec des cars entiers aidés dans ces sorties par des enseignants dévoués à accompagner leurs classes.

De même que pour les adultes, mais avec moins de discernement, les jeunes sont sollicités par la télévision, Internet et les consoles de jeux. Peu d’occasions de leur former l’esprit donc, mais plutôt de le leur déformer, ainsi que le goût, et de les complaire dans une triste médiocrité. Le théâtre jeune Public, s’il est pris avec sérieux, talent et professionnalisme, peut être l’aide la plus précieuse du développement de la personnalité.
Il me semble que l’on n’a pas encore pris la mesure (On = Collectivités publiques, ministère de l’Education nationale et ministère de la Culture) de l’importance et des enjeux du spectacle Jeune Public. Ce n’est pas en saupoudrant par-ci par-là quelques chiches subventions aux compagnies que l’on établira une véritable politique culturelle en la matière. Il faut comprendre, il est vital de comprendre que nos chers gamins ont besoin pour se structurer de vivre cette expérience unique : la représentation théâtrale, mise à leur portée certes, mais pas bêtifiante.

Trouver d’autres articles dans la catégorie « Spectacles Jeune Public » a droite