Anniversaire de Michel Galabru

 

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Cher Michel,

93 ans ! C’est l’âge vénérable que vous avez aujourd’hui et l’on peut dire que vous « faites l’acteur » depuis 70 ans. Cette longévité doublée d’une affection du public est assez rare pour être fêtée.

On a beaucoup glosé sur votre carrière, vous-même, pas dupe, avez souvent moqué ces « navets » qui composaient la soupe pour faire vivre femme et enfants jusqu’au jour en 1977 où on s’aperçut de votre immense talent en vous décernant un César du meilleur acteur pour votre prestation dans Le juge et l’assassin de Bertrand Tavernier. Honoré pour un rôle dramatique, vous qui êtes un acteur comique avant tout. Mais comme disait le grand auteur argentin Jorge Luis Borges « Le succès est un malentendu, le pire de tous peut-être ».

Inutile de rappeler aux lecteurs de ce blog votre carrière au cinéma, de la série des Gendarmes aux Ch’ti, vous êtes dans l’inconscient collectif des français, vous faites partie de leur patrimoine. S’il n’y a pas eu que des chefs d’œuvre, il s’est trouvé cependant un nombre impressionnant de personnages cocasses, roublards, bougons, stupides, bonhommes, lâches, mais toujours généreux qui ont marqué la mémoire de tous.

Je voudrais surtout mettre l’accent ici sur vos rôles au théâtre. Bien avant d’avoir le plaisir de vous rencontrer, et ce à plusieurs reprises au cours de conversations passionnantes – je me souviens de vous au théâtre du Gymnase évoquant Molière, comme s’il s’agissait d’un ami à vous, d’une façon si vivante que je m’attendais à le voir apparaître. Mais au fond, n’est-il pas vraiment un ami à vous ? N’êtes-vous pas un des descendants truculents de son Illustre Théâtre ? Pour preuve, après un premier prix au conservatoire, vous êtes entré à la Comédie-Française, sa maison, l’interprétant avec fougue et respect.

Vous continuez  avec votre fils Jean à donner quelques cours aux jeunes apprentis comédiens. Quelle chance ils ont, d’autant que le meilleur enseignement que vous pouvez leur prodiguer est de les inviter à vous voir au théâtre ! Quelle bête de scène vous avez été et êtes encore. Car, comme tous les grands, votre charisme, votre présence et votre voix sont uniques, mais de plus, par instant, vous frôlez, allez n’ayons pas peur des mots, vous frôlez le génie.

Je me souviens de votre entrée dans Les Rustres de Goldoni, mis en scène par Claude Santelli. « Travaillez, travaillez ! » était la première réplique de votre personnage macho et égoïste face aux femmes, le nez baissé, dans leurs travaux de broderie. Je l’entends chanter encore dans mon oreille.

Je me souviens de La Surette dans Les Poissons rouges de Jean Anouilh, où vous pédaliez de mauvaise grâce sur un vieux vélo, plein de rancœur jalouse aux côtés de Jean-Pierre Marielle. Vous étiez grandiose dans la petitesse, formidable dans l’aigreur, puissant dans la méchanceté.

Je me souviens aussi de cette nuit dans les vignes de Provence où vous étiez dans  Dom Juan un Sganarelle éblouissant. Toute la force comique, naïve et balourde de notre maître à tous transcendée sous les étoiles par votre époustouflant talent.

Je me souviens de cette  Femme du boulanger de Marcel Pagnol où vous étiez grandiose dans le tourment du cocu si sensible, et où toute la troupe me vantait votre gentillesse et la constance de votre bonne humeur.

Je pourrais aller à l’infini dans le compliment, mais vous savez que je ne sais pas en faire et que tout ce que j’écris en ce jour de votre anniversaire, s’apparente à de simples mais lucides constatations. D’autres que moi, et des plus grands, sont restés ébahis – les jeunes diraient scotchés – par votre génie de l’interprétation. Lors de  La Claque d’André Roussin, le grand Pierre Fresnay, alors directeur du théâtre de la Michodière, vous regardait jouer de la coulisse et murmurait : « Mais comment il fait ? Comment il fait ? »

Je lis, j’entends, que vous avez moins goût à la vie à présent, que des deuils de proches vous ont meurtri. Nous sommes tous, professionnels et public, en sympathie avec vous, sachez-le une bonne fois pour toutes. Nous vous aimons.

Nous nous réjouissons que vous soyez notre contemporain. Bon anniversaire donc, cher Michel, cher grand Monsieur Galabru, merci, et encore 93 ans comme cela !

Donnez-moi votre avis, faites-moi part de votre expérience. Ce blog Place au Théâtre  va vous aider à vous épanouir, peu à peu, conseil après conseil. (Votre mail ne sera jamais divulgué. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer, là où il n’y a aucun théâtre.)

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