Alexandrin

 

criture Littrature

Alexandrin : Vers français de douze syllabes

Il faut bien malgré tout s’en faire une raison :
Cette façon d’écrire est passée de saison.
L’alexandrin est mort, tel un vieux mélodrame,
Il ne troublera plus jusqu’au tréfonds les âmes.
Plus personne aujourd’hui à rimer ne se risque
C’est complexe et ardu, c’est archaïque et puisque
Il disparait penaud dans un gouffre infini
Autant se l’avouer : l’alexandrin est cuit !

Il était bien vivant pourtant aux temps classiques
Et jusqu’à Cyrano au long nez fantastique
Crapahutait fougueux dans des vers impérieux.
Tantôt tonitruant, tantôt tendre et mielleux,
Et tantôt aérien comme un oiseau magique,
Il volait au-dessus d’une épopée tragique
Ou explosait de joie au cœur des comédies.
Il fut un grand seigneur pour qui pleure ou qui rit.

Mais voilà, nos auteurs friands de modernisme
Impuissants et souffrant d’intellectualisme,
Se sont sur de la prose aisément répandus
Sacrifiant le vers sur l’autel des cocus.
Ils ont fait du blabla leur œuvre dramatique
C’est beaucoup plus facile et beaucoup moins drastique.
Bientôt pour punition, seuls quelques écoliers
Devront en douze pieds tristement versifier
Se demandant comment et Racine et Corneille
Et Molière ont pu pondre en leur temps ces merveilles
Qui nous causent mêm’pas comm’ j’te cause aujourd’hui.
Il faut être bien ouf pour qu’on les étudie !

Adieu, Alexandrin, repose dans ta tombe
Tandis que des héros sans ton soutien succombent
Aux pâles expressions d’un style dans le vent.
Tu t’en vas vers l’oubli, emporté par le temps,
Même si tes beaux vers auréolés de gloire
Resteront à jamais gravés dans nos mémoires.

Et vous ? Dans vous goûts théâtraux, êtes-vous plutôt classique ou plutôt moderne ? Et dans la vie, vos vêtements, vos petits plats, vos lectures ?Dites-moi ce que vous préférez.

Donnez-moi votre avis, faites-moi part de votre expérience. Ce blog Place au Théâtre  va vous aider à vous épanouir, peu à peu, conseil après conseil. (Votre mail ne sera jamais divulgué. Croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer, là où il n’y a aucun théâtre.)

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L’anniversaire de François Cluzet

 

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Cher François,

Tu es né un 21 septembre et tu es un merveilleux acteur.

Je le sais depuis toujours, depuis tes débuts où, sortant de cours, tu passais une scène de « Comment va le monde, Môssieu ? Il tourne, Môssieu » de François Billetdoux au Théâtre du Rond-Point devant les directeurs de l’époque, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud. Depuis, sans être carriériste, allant toujours vers les rôles qui te tentaient, sans calcul, tu fais une superbe carrière.

D’un rôle secondaire dans « L’été meurtrier » au superbe « Intouchables » où tu es magnifique, avec cinq films sortis depuis, tu traverses notre inconscient collectif avec une apparente désinvolture, une réelle drôlerie et une bouleversante émotion.

Tu pourrais croire que je te passe de la pommade, ce merveilleux onguent hypocrite qui rassure tant les artistes, ces éternels inquiets. Mais non, nous savons, toi et moi, que nous ne jouons pas dans cette cour des faux-semblants et que sincérité et vérité sont des qualités premières. Et puis, attends un peu la suite…

Quand je regarde ta filmographie, chapeau ! Rien à dire. De plus tu es devenu, sans l’avoir cherché, sans compromission, un acteur populaire. Les gens te connaissent. Voir ton nom dans la distribution d’un film est une promesse de qualité.

Dans un film.

Et c’est là, mon cher François, que le bât blesse un peu. Moi qui sais, et je ne suis pas le seul, les immenses ressources de ton talent, je suis triste de te voir si peu au théâtre. Bien sûr, il y a mille raisons. Je mets la comparaison des cachets de côté, je ne te ferai pas cette injure. Il y a des raisons de temps, le théâtre est contraignant, de lieu, on est bloqué à Paris ou en tournée, il est difficile de coordonner les plannings, l’appât du gain des producteurs, agents et autres parasites qui s’accrochent à ton côté « bankable ». Tu n’y es pour rien, mais c’est comme ça. Il y a la « bonne pièce » à trouver, le « bon metteur en scène », le théâtre « adéquat », etc. Et puis, il y a peut-être des raisons personnelles que j’ignore et qui ne me regarde pas, qui ne regarde personne. Tu as bien raison de protéger ta vie privé, les journaleux sont assez fouineurs, pas la peine de leur donner du mauvais grain à moudre.

Toutes ces bonnes raisons font que tu délaisses le théâtre, et c’est dommage. Pour nous et je pense aussi pour toi. Je vais te rappeler une anecdote que tu connais sans doute. Au soir de la première de « Borsalino » où Alain Delon et Jean-Paul Belmondo partageaient la vedette et se situaient l’un et l’autre au sommet de leurs gloires (succès, notoriété, amour du public, cachets mirobolants), Jean-Paul Belmondo fut surpris de la réaction de son père, le grand sculpteur Paul Belmondo. Il faisait la gueule. Jean-Paul s’en inquiéta et lui demanda les raisons. Le père répondit : « Oui, c’est bien de te voir en haut de l’affiche et d’avoir un tel succès, mais, bon Dieu ! quand donc vas-tu faire ton vrai métier ? »

Ton vrai métier. Le théâtre.

Toi, tu n’es pas apparu sur scène depuis 1999. C’est-à-dire au siècle dernier.

Bébel a écouté son père, il a joué par la suite Kean, Cyrano, etc. et a même racheté le beau théâtre des Variétés. A méditer, donc.

Néanmoins et du fond du cœur, bon anniversaire, cher François. Merci pour tout le plaisir que tu nous as procuré, mais n’oublie pas ton vrai métier, bon Dieu !

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Anaphore

 

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Débat du 2 mai 2012 François Hollande – Nicolas Sarkozy

Anaphore : Répétition d’un mot ou d’une expression au début de phrases ou de vers successifs. On cite : « Ô Rome, unique objet de mon ressentiment, // Rome à qui vient ton bras d’immoler mon amant, // Rome qui t’a vu naître et que ton cœur adore, // Rome enfin que je hais, parce qu’elle t’honore. » (Corneille, Horace, Acte IV, Sc. 5).

Remis à la mode par M. François Hollande dans son fameux débat avec M. Nicolas Sarkozy, « Moi, président, etc. », l’anaphore a fait un retour en force dans le langage courant. On ne dira jamais asez l’influence du président de la république sur la culture (Non, je plaisante). Il n’empêche que tout le monde avait oublié cette figure de style, bien que les répétitions traversent tous les discours politiques depuis toujours et plus particulièrement ces dernières années où ils sont écrits dans l’ombre par d’obscurs plumitifs, espèces de Cyrano avec le panache, l’amour, l’humour et la poésie en moins.

Il se trouve que cette anaphore se rencontre plus particulièrement dans le théâtre – mais les fidèles lecteurs de mon blog Place au Théâtre savent combien théâtre et vie sont étroitement mêlés au point d’être confondus parfois. Outre l’exemple cité plus haut de Corneille, on peut signaler dans Jules César de Shakespeare le fameux « Mais Brutus est un homme honorable (And Brutus is an honourable man) » répété à l’envi dans le discours de Marc Antoine, ou « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » de Géronte dans Les fourberies de Scapin de Molière. Les exemples abondent et n’en déplaise aux abrutis qui ne vont jamais au théâtre, celui-ci apporte régulièrement son lot de nouvelles expressions à la langue.


Marlon Brando dans le rôle de Marc Antoine dans le film « Jules César » de Mankiewicz

Anaphore est donc un de ces mots rares qui montre la culture d’un quidam lorsqu’il est jeté dans une conversation. Il désigne en réalité une chose toute simple à son interlocuteur : « Mettez-vous bien cela dans la tête, c’est la vérité absolue, puisque je vous le répète, puisque je vous le répète, puisque je vous le répète. » Une sorte de méthode Coué qui à force d’affirmer permet de faire croire. Les hommes politiques en raffolent donc.

Et vous ? Utilisez-vous souvent l’anaphore ? Sans en faire un système de discussion, il est bon parfois pour imposer une idée, pour faire passer un message de se servir à bon escient de cet artifice. Car c’en est un, bien sûr, personne n’est dupe. Comme personne ne l’est lorsque le prestidigitateur coupe dans une caisse une femme en deux et sépare les morceaux. On se doute bien que la femme n’est pas coupée en deux mais on se demande quand même comment cela est possible, et on applaudit le tour. L’essentiel dans votre cas, est de faire passer ce que vous avez à dire. Il faut parfois marteler un message pour qu’il s’incruste dans le cerveau de celui ou ceux à qui il s’adresse. Dans le cas du président, cela lui a réussi. Pourquoi pas vous ?

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Cyrano de Bergerac

 

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Cyrano de Bergerac est l’une des pièces les plus populaires du théâtre français, et la plus célèbre de son auteur, Edmond Rostand. Librement inspirée de la vie et de l’œuvre de l’écrivain libertin Savinien de Cyrano de Bergerac (1619-1655), elle est représentée pour la première fois le 27 ou le 28 décembre 1897, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, à Paris.

Résumé :

Acte I

La scène se déroule en 1640 dans l’Hôtel de Bourgogne, où un public nombreux et varié, composé de bourgeois, de soldats, de voleurs et de petits marquis, va assister à une représentation de La Clorise, une pastorale de Balthazar Baro. On découvre Roxane, une jeune femme belle et distinguée, Christian de Neuvillette, un jeune noble qui l’aime en secret et le comte De Guiche, qui cherche à faire de Roxane sa maîtresse et veut la marier au vicomte de Valvert, ce à quoi la jeune femme ne souscrit pas. C’est alors qu’intervient Cyrano de Bergerac, le cousin de Roxane, au moment où où Montfleury, l’un des acteurs, déclame sa première tirade. Cyrano interrompt la représentation et le chasse pour des raisons personnelles. Valvert intervient et provoque Cyrano, qui réplique par une brillante tirade à l’honneur de son propre nez. Tout en rimant, il sort son épée et bat en duel le vicomte, que ses amis évacuent blessé, tandis que l’assemblée acclame le vainqueur. Le calme revient. Cyrano, qui est secrètement amoureux de sa cousine Roxane mais dont le physique l’empêche de se déclarer, apprend que celle-ci lui fixe un rendez-vous le lendemain. Transporté, il raccompagne son ami Lignière pour le protéger d’une embuscade de cent hommes.

Acte II

Cyrano, fébrile, attend Roxane chez leur ami restaurateur et poète Ragueneau, en lui écrivant une lettre, et sans prêter attention aux interrogations et insinuations de la cantonade sur l’exploit de la nuit passée : cent hommes défaits par un seul !

À son arrivée, Roxane évoque leur enfance commune, puis révèle peu à peu à Cyrano qu’elle est amoureuse. Celui-ci, paralysé pour une fois par l’émotion, ne sait que répondre et elle avoue son amour envers le baron Christian de Neuvillette, qui vient d’être engagé dans la compagnie de Cyrano. Roxane, qui ne connaît pas les sentiments de Cyrano pour elle, souhaite juste lui demander de servir de parrain au jeune baron. Cyrano – effondré, mais n’en montrant rien – accepte.

Avant de quitter Cyrano, Roxane évoque son admiration pour le courage dont il a fait preuve face aux cent hommes. Il se contente d’un sobre et triste « Oh, j’ai fait mieux depuis ! » Roxane le quitte sans s’interroger sur cette remarque.

Christian cherche à braver Cyrano pour s’imposer dans la compagnie des Cadets ; celui-ci, fidèle à sa promesse, ne réplique pas et le jeune homme acquiert même son estime par ce courage. Christian lui parle alors de Roxane, qu’il se désespère de conquérir : elle est précieuse, tandis que lui ne sait parler d’amour. Cyrano, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, propose de l’aider à conquérir Roxane et lui donne, pour elle, la déclaration d’amour qu’il vient de rédiger, non signée. Christian l’accepte, sans se douter qu’elle était précisément destinée à Roxane.

Acte III

Le comte de Guiche rend visite à Roxane, qu’il cherche à séduire. Comme il lui annonce que le régiment de Cyrano -dans lequel sert Christian- va partir à la guerre, Roxane, qui veut protéger Christian, convainc le comte de laisser ce régiment se morfondre à Paris. Peu après, malgré les conseils de Cyrano, Christian rencontre Roxane, mais s’avère incapable de lui parler d’amour. La jeune précieuse le quitte, déçue. Cyrano aide Christian à rattraper cet échec. Caché dans l’ombre sous le balcon de Roxane, il souffle à Christian ses mots, puis prend sa place et déclare à Roxane son amour, la laissant totalement charmée par un si bel esprit qu’elle pense être celui de Christian. À peine ont-ils le temps d’échanger un baiser, que Roxane et Christian sont interrompus par un capucin, qui remet à la jeune femme une lettre du comte de Guiche lui annonçant qu’il va la rejoindre cette nuit même.

Roxane demande alors au capucin de célébrer sur le champ son mariage avec Christian. Pendant ce temps, Cyrano retarde de Guiche en se faisant passer pour un homme tombé de la lune. Arrivé à l’hôtel de Roxane, le comte la découvre mariée ; constatant qu’il a été abusé, il envoie aussitôt Christian et Cyrano combattre au siège d’Arras.

Acte IV

Assiégeant les Espagnols à Arras, la compagnie que dirige de Guiche est bloquée par les Espagnols, et les soldats, affamés, commencent à se décourager. Quant à Cyrano, il franchit tous les jours les lignes ennemies, au péril de sa vie, pour faire parvenir à Roxane des lettres qu’il écrit et signe du nom de Christian.

Touchée par ces lettres, Roxane parvient, grâce à la complicité de Ragueneau, à se rendre au siège d’Arras avec un carrosse rempli de victuailles. Elle veut prouver à Christian son amour et lui dit que c’est la « sincérité » et la « puissance » des lettres qu’elle recevait qui l’ont fait venir ici. Le jeune homme comprend alors que Cyrano est lui aussi amoureux de Roxane et que c’est de lui que la resplendissante jeune femme est amoureuse sans le savoir. Il enjoint Cyrano de révéler la vérité à Roxane, mais les Espagnols attaquent le camp et le jeune homme court au combat. Tué dans la bataille, il lui laisse une dernière lettre d’adieu et d’amour écrite par Cyrano. Celui-ci décide de garder le secret de son amour. De Guiche s’enfuit avec Roxane à la demande de Cyrano, lequel se lance à corps perdu dans le combat.

Acte V

Quinze ans plus tard, Roxane, toujours amoureuse de Christian, s’est retirée dans un couvent parisien où Cyrano lui rend visite une fois par semaine. Ce jour-là, Cyrano est tombé dans une embuscade et arrive au couvent mortellement blessé à la tête. Mourant, il ne dit pourtant rien à Roxane. Comme elle évoque la dernière lettre de Christian, qu’elle porte constamment sur elle, il demande à la voir et la lit à voix haute. Son ton trouble Roxane, qui reconnaît la voix qu’elle avait entendue sur son balcon ; elle s’aperçoit que Cyrano lit la lettre alors que la nuit est tombée, ce qui signifie qu’il la connaît par cœur. Elle comprend alors « toute la généreuse imposture ». Cyrano demande à Roxane de pleurer sa mort au même titre que celle de Christian. Divaguant, il veut mourir debout et attend la camarde, l’épée à la main, en pourfendant vainement les « Sottise », « Préjugés », « Lâchetés » et « Compromis ». Il meurt en emportant avec lui son « Panache ».

Ce que j’en pense :

On le voit à ce résumé, la pièce est à grand spectacle. Pas moins de cinq décors, une nombreuse distribution, une grande variété de costumes Louis XIII, un acteur plus que doué pour le rôle de Cyrano, pus de deux heures de représentation, toute en vers, bref de quoi refroidir n’importe quel producteur ! Et pourtant elle est montée régulièrement. Essayons d’analyser les raisons de son succès.

Dès la création, la pièce reçut un accueil triomphal. Peut-on s’imaginer une première suivie de vingt minutes d’applaudissements sans interruption ? Peut-on imaginer le ministre des Finances d’alors, Georges Cochery, apparaître dans la loge de l’auteur Edmond Rostand et le décorer de sa propre légion d’honneur ? Nous savons, nous, les gens de théâtre, que le succès n’est pas prévisible et même si nous nous efforçons de tout faire pour l’atteindre, il est loin d’être toujours au rendez-vous. Et là, en ce qui concerne Cyrano de Bergerac, le succès est un faible mot pour rendre l’enthousiasme délirant des spectateurs, et ce, jusqu’à nos jours.

Je crois qu’il faut en chercher les motifs dans plusieurs directions, car la pièce est lisible à plusieurs niveaux.

1/ L’histoire tout d’abord. Le sacrifice de Cyrano, restant dans l’ombre pour que Christian, paralysé par son amour, puisse parler à Roxane avec ses mots. « Parler d’amour, c’est déjà faire l’amour » disait Victor Hugo. Rostand a dû s’en souvenir.

2/ Le personnage. Poète, batailleur, aimant la dive bouteille, ami de Chapelle et de Molière, auteur d’un États et empires de la Lune, le vrai Cyrano de Bergerac a bien existé. Rostand s’en inspire comme point de départ en y ajoutant outre son esprit, son complexe : un nez trop gros. D’où, sans doute, sa timidité avec les femmes qu’il ne peut séduire que caché, dans l’ombre. Déjà Théophile Gautier avait fait allusion à ce nez proéminent dans Les Grotesques, créant ainsi la légende d’un Cyrano de Bergerac laid. Là aussi, Edmond Rostand qui avait tout lu sur le personnage réel de Cyrano de Bergerac, s’en est souvenu.

L’authentique Savinien de Cyrano de Bergerac

3/ L’évolution dramatique. Plus l’amour de Christian s’exprime grâce aux mots de Cyrano, plus l’amour de ce dernier s’intensifie. Tel un acteur pris à son propre jeu, Cyrano devient fou amoureux, mais élégance oblige, reste en retrait. Puis Christian meurt au siège d’Arras. Joli coup de théâtre auquel on ne s’attend pas. Jusque là la mort du héros amoureux se produit à la fin de la pièce, Edmond Rostand renverse le code et surprend son public.

4/ La fin. Après quatre actes tumultueux avec un nombre considérable de personnages, l’acte V, plus intime dénoue le grand secret de Cyrano qui va se trahir, connaissant une lettre de Christian par cœur, et pour cause parce qu’il en est l’auteur. Son amour dévoilé, il ne lui reste plus qu’à mourir. De l’épopée, on est passé au drame. De la fougue, on est arrivé à la vieillesse.

Et les autres raisons qu’il ne faut pas non plus négliger :

5/ Depuis la défaite de 1871 – on ne parle jamais assez de cette guerre et de l’influence qu’elle a eue sur l’état d’esprit des français qui se sont alors renfermés sur eux-mêmes et ont perdu une certaine légèreté – la France ne croit plus en elle. L’affaire Dreyfus débute, un attentat anarchiste coûte la vie au président Sadi Carnot, de nombreux scandales – déjà ! – éclaboussent les hommes politiques. En offrant au public un héros plein de panache, et en définitive très cocardier, Edmond Rostand regonfle le moral des troupes. Il redonne confiance aux français.

6/ Le montage de la pièce. Il y a eu une véritable collaboration entre l’acteur Coquelin qui créa le rôle de Cyrano et l’auteur Edmond Rostand. Le comédien, fasciné par le personnage, participa à l’élaboration de la mise en scène par ses conseils. Dans le texte, Edmond Rostand note de nombreuses didascalies qui démontrent l’importance qu’il accorde au jeu des acteurs. C’est une manière nouvelle d’écrire les pièces, suivant en ce sens-là la voie tracée dans le vaudeville par Georges Feydeau qui apportait déjà un soin méticuleux à ses indications de scène. Néanmoins, malgré une préparation minutieuse, le soir de la première, peu avant le lever du rideau, Edmond Rostand viendra s’excuser auprès de son acteur fétiche de l’avoir entraîné dans cette aventure !

7/ L’écriture. Avec un art consommé de la « cassure » des vers, Rostand, qui a lu entre autres pièces Ruy Blas de Victor Hugo, n’a pas oublié le romantisme. Il sait que ce style emporte le public et correspond parfaitement à l’art théâtral de ‘époque où on n’avait pas peur de « faire sonner les vers ». Il y a là une emphase, tempérée par une ironie, qui a déplacé les foules. Il a qualifié Cyrano de Bergerac comme étant une comédie héroïque.

8/ Le spectateur passe par divers sentiments d’émotion, de drôlerie, de poésie, de surréalisme même, comme le souligne Muriel Mayette, administratrice de la Comédie-Française. C’est aussi un des secrets d’une pièce réussie : la variété. Encore faut-il que le dosage y soit subtil, ce qui est le cas.

Et ce ne fut pas qu’une mode, chaque fois que la pièce est montée, elle a du succès, un succès considérable en France comme à l’étranger. Plusieurs adaptations pour le cinéma ont eu lieu dont le film de Jean-Paul Rappeneau (1990) avec Gérard Depardieu.

Pour ma part, je retiens deux présentations, le téléfilm de Claude Barma (1960) avec Daniel Sorano, transfuge du T.N.P., époustouflant Cyrano et le dernier montage à la Comédie-Française (2012) dans une mise en scène de m.e.s Denis Podalydès, avec dans le rôle-titre Michel Vuillermoz (qui fut à une époque mon élève).

 

Le texte de la pièce :

 

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Action

 

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Action : Du latin agere, agir, faire. Ce qui se produit sur scène, de par l’intervention des personnages. L’action est dite externe pour désigner les mouvements physiques, ou interne pour désigner le passage d’un état à l’autre dans le caractère d’un personnage. On désigne parfois la pièce elle-même comme « action », dans la mesure où son écriture est dramatique, visant à être jouée, contrairement aux fables qui sont destinées à la seule lecture.*

L’action est le point de départ de toute œuvre théâtrale. Oublier que le théâtre est avant tout action, que l’art dramatique (du grec δρaµa qui signifie action) doit être mouvement, c’est le contraindre à n’être qu’un bavardage. Au cinéma le réalisateur pour lancer le tournage d’une scène dit : « Action ! ». Le mot est impérieux, impératif et ne supporte aucune objection. On ne se situe pas dans le langage, on est dans la mobilité. Certes, au théâtre, les actions physiques sont limitées – on imagine mal « Mission impossible » avec effets spéciaux, cascades et voitures qui explosent. De plus, dans une salle, face à la scène, on se trouve devant un plan fixe. Le texte a donc pris une plus grande place qu’au cinéma où l’image prime. Mais il ne l’étouffe pas, il ne doit pas l’étouffer.

De plus, ne faisons pas de confusion. L’action peut être aussi psychologique. Les méandres d’une situation difficile dans laquelle se débat un personnage, peuvent être source de suspens tout autant que les aventures de Tom Cruise. Prenons par exemple le débat cornélien où Rodrigue, dans Le Cid, est tiraillé dans sa conscience entre l’honneur de venger son père et l’amour qu’il porte à Chimène, et jusqu’au bout de la pièce le spectateur va être tenu en haleine.

Il serait bon que nos auteurs actuels au lieu de se livrer à du blablabla, de s’épancher sur des états d’âme, fassent vivre davantage leurs personnages, les mettent dans des situations « dramatiques » dont le public va se demander tout au long de la représentation comment ils vont se sortir.

Il en est de même dans la vie où le discours, si noble soit-il, cache parfois un manque d’action. Les hommes politiques sont très connus pour cela et quand par faiblesse, calcul ou impuissance ils ne peuvent agir, leurs mots enrobent le sujet pour faire croire qu’ils sont dans l’action.

Nous sommes tous ainsi et avons souvent du mal à agir. Une espèce de retenue nous empêche souvent de nous lancer dans une entreprise. C’est le cas dans une relation amoureuse – Vais-je lui déclarer qu’elle ou qu’il me plaît ? C’est le cas dans un travail – Est-ce que j’ai raison de faire ceci ou cela ? Ne va-t-on pas mal interpréter ma façon d’agir ? Souvent nous repoussons le moment de l’action, par peur, par lassitude et même par bêtise. Et nous nous cachons derrière le paravent bien commode de la timidité.

Le théâtre nous fait comprendre que l’action est plus que nécessaire, elle est vitale. De son contraire, l’inaction, ne découlent aucune découverte, aucun pas en avant, aucun progrès. Méfions-nous des nourritures trop grasses, des canapés trop moelleux et des programmes de télévision soporifiques qui nous entraînent à nous laisser aller à la fille encore plus inutile de l’inaction, la paresse.

Vive le théâtre où tout bouge, tout s’agite, personnages, sentiments, situations ! L’action, c’est le contraire de l’ennui.

*Définition extraite du Glossaire du Théâtre de André G. Boussara.

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Applaudir

 

Applaudissement

APPLAUDIR v. tr. Est un emprunt du moyen français (1375) au latin applaudere, deplaudere « battre » et spécialement « battre des mains », mot expressif d’origine incertaine (Ernout et Meillet). Le geste culturel d’approuver, de célébrer en claquant ses mains existait à Rome, en même temps que celui de « chasser » par le même geste (explodere « huer », de même origine avec ex- ), là où on a plus tard sifflé.*

* “Dictionnaire historique de la langue française” dirigé par Alain Rey, avec la collaboration de Marianne Tomi, Tristan Hordé, et Chantal Tanet.

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D’où vient cette curieuse coutume d’applaudir les acteurs à la fin d’un spectacle, et quelquefois même pendant la représentation ? Certains prétendent que descendants du singe – ce qui reste encore à prouver – nous reproduisons le geste des primates qui se tapent dans le dos et comme nous ne pouvons pas tous monter sur la scène pour congratuler les artistes, nous tapons dans nos mains. Il est vrai que nous tapons dans le dos de nos amis, surtout quand nous venons de les taper, et qu’au cirque nous applaudissons des deux mains les singes savants. Parfois, surtout dans des gradins, nous tapons aussi des pieds.

Ajoutons que nous applaudissons aussi sur ordre, dans les enregistrements des jeux ou des talk shows télévisés où un écriteau nous incite à le faire. J’ai pour ma part toujours été étonné de cette coutume mais comment manifester autrement son approbation ? Hurler à tue-tête : bravo, bravissimo ? Faire des cadeaux ? Jeter des baisers, des fleurs, des pièces jaunes ?

Je ne peux m’empêcher de citer le grand Pierre Desproges : « L’applaudissement, c’est jamais qu’une manifestation tout à fait instinctive du système nerveux cérébro-spinal, par laquelle le chimpanzé ou la ménagère manifestent leur joie frénétique incontrôlée, à la vue d’une banane, ou de Julio Iglesias… »

Au cinéma, j’ai vu applaudir des écrans, mais c’est plus rare. Je l’ai vu surtout en projection privée ou à Cannes quand l’équipe du film est dans la salle. Il existait, il existe toujours au théâtre les soirs de premières où de nombreux amis d’artistes composent le gros du public, une claque sympathique mais un peu énervante qui applaudit à tout rompre alors qu’il n’y a pas de quoi. Mais le spectateur est bon enfant, on le sait puisqu’il est comme un enfant au théâtre, j’en ai même vu bouche bée tels des bébés à l’approche du biberon.

Je voudrais vous faire voir l’autre face de ce tapotement des mains. Et si nous n’applaudissions pas ? Ah Ah… Permettez-moi de vous raconter l’anecdote qui court sur la première de « La Mouette » du grand Tchekhov. Ce soir-là, le rideau s’est baissé à la fin de la pièce et il n’y a eu aucune réaction. Les acteurs, dépités, sont alors rentrés dans leurs loges. Ce n’est qu’à ce moment-là que les applaudissements ont éclaté. Un chef d’œuvre était né.

Etonnant, non ? comme disait encore Pierre Desproges précédemment cité.

Sur son blog Coup de cœur, Judith Sibony a écrit un merveilleux article intitulé « Contre les applaudisseurs précoces ». Je vous invite à le lire. Et à le méditer.

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